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Václav Klaus pour Le Monde vu d'Ailleurs: Le discours presque incroyable de Mme Leyen

Pages Françaises, 29. 9. 2026

Mercredi 16 septembre, la présidente de la Commission européenne a prononcé à Strasbourg ce qu’on appelle le discours sur l’état de l’Union. Le texte et les formulations employées dépassent tout ce que nous avons connu par le passé. Il convient toutefois, en préalable, de relever deux choses :

Mme Leyen confond sans cesse le mot Union européenne avec le mot Europe. L’Europe est un continent, l’Union européenne est une organisation créée par les hommes. De même, l’Amérique est un continent et les États-Unis d’Amérique l’un des États de ce continent. C’est la position constante des fonctionnaires et des idéologues bruxellois, mais nous ne pouvons pas l’accepter. Même les exclamations finales « Es lebe Europa. Long live Europe » prêtent à sourire. L’Europe n’est pas un être vivant, elle ne peut donc pas « vivre ». Elle peut exister.

Mme Leyen considère les défis du monde actuel comme exceptionnels, mais la phrase selon laquelle, dans ce monde, « l’Europe a choisi de tracer sa propre voie » suppose que l’Europe décide. Non. C’est par la bouche de Mme von der Leyen que l’on décide à la place de l’Europe. La formule « l’Europe est là pour les Européens » signifie que l’Europe est au-dessus des Européens. Cela n’a aucun sens.

Mme Leyen fait comme si elle commençait quelque chose de nouveau. Comme s’il n’y avait pas de passé. Comme si ce n’était pas elle qui dirigeait la Commission européenne depuis 2019. Lorsque la plus haute fonctionnaire européenne affirme que la bureaucratie « étouffe » l’Union européenne, c’est donc uniquement et seulement une absence d’autocritique.

Le discours contient une série de formulations parfaitement indéfendables. La priorité, en septembre 2026, est de « relancer l’économie européenne ». Qu’est-ce que cela signifie ? Que veut donc relancer Mme Leyen ? Sommes-nous à un point critique du cycle économique ? Y a-t-il une crise en Europe ? Rien de tout cela n’est vrai. Elle affirme que les prix de l’énergie sont « structurellement trop élevés ». En tant que professeur d’économie, je dois dire que je ne connais pas l’expression prix structurellement élevés. Les prix sont élevés ou bas. Et leur éventuelle hausse rapide a une cause. Selon elle, la Russie nous aurait « coupés des livraisons de gaz ». Il n’y a là rien de structurel. C’est nous-mêmes qui nous sommes coupés des livraisons de gaz russe. Et il est logique que nous en supportions aujourd’hui le coût. Si Mme Leyen pense que nous réglerons l’affaire en créant un nouvel organe bureaucratique, la « Société européenne des matières premières critiques », c’est encore un rêve puéril.

Mme Leyen est immensément verte. L’été de cette année a été exceptionnellement chaud, mais cela n’a aucun sens de dire que « cet été a été l’été de vérité ». Et, dans le même temps, de menacer que les mois d’été de cette année seront à l’avenir « les plus froids » de l’histoire. Ses propositions bureaucratiques de solutions sont toujours les mêmes, dignes d’un fonctionnaire. Nous créerons une « Alliance pour l’assurance des risques climatiques ». Elle promet de créer une nouvelle « Initiative européenne pour l’eau ». Audacieuse est la déclaration selon laquelle « cet été ne doit plus se reproduire ».

L’intelligence artificielle « devient rapidement la couche fondamentale de notre économie et de notre sécurité ». En anglais, Mme Leyen a employé le mot « layer ». Voulait-elle vraiment dire couche ? Ou quoi d’autre ? Encore une fois, un discours souffre tout, mais l’intelligence artificielle est-elle une couche de l’économie ? Et une couche de la sécurité ? Quelqu’un parmi ses conseillers devrait la conseiller.

Nous devons assurer notre sécurité. Mais que signifie la déclaration « nous devons rester dans le jeu » ? De quel jeu s’agit-il ? Qui avec qui ? Contre qui ? Et quel en est l’enjeu ? Et s’il s’agit d’un jeu, n’y étions-nous pas jusqu’ici ? Qu’y a-t-il de nouveau ? Nous devons aussi offrir aux travailleurs « des chances équitables ». C’est pourquoi elle propose de créer une « loi sur les emplois de qualité ». Cela surpasse déjà les conclusions du Politburo soviétique du Parti communiste.

En Europe, « certains veulent même restreindre les droits des femmes. Nous ramener à l’époque où les femmes étaient des citoyennes de seconde catégorie. » Et Mme Leyen ajoute « nous défendrons nos droits ». Se contente-t-elle de le dire, ou le pense-t-elle vraiment ?

Une nouveauté absolue est sa phrase selon laquelle nous devrions œuvrer à « ouvrir au Canada la voie pour devenir le premier membre associé de l’UE ». Nous qui nous occupons de l’Union européenne depuis des décennies savons que le statut de membre associé de l’UE n’existe pas. Qu’il ait été évoqué en 2018, dans un rapport de la Commission européenne au Parlement européen, comme une éventuelle modification future des traités actuels, est une tout autre chose. Mais Mme Leyen veut déjà — de manière totalement anti-américaine — faire avec le Canada « de l’Arctique un projet commun ». La réaction immédiate du président Trump a été de qualifier cette idée de ridicule et hostile, et d’annoncer que les États-Unis y répondraient en imposant des droits de douane très élevés, voire en interrompant le commerce avec l’UE. C’est de sa part une réaction logique.

Je considère comme révélatrice la déclaration de Mme Leyen selon laquelle nous ne devons « pas laisser nos démocraties être brisées par les laquais et les marionnettes des autocrates ». Là encore, c’est une déclaration digne de l’ancien Politburo moscovite. Laquais et marionnettes sont des mots dont nous, qui l’avons vécue, nous souvenons de l’époque communiste. Depuis, heureusement, nous ne les entendions plus. Et pourtant Mme Leyen les emploie et veut pour cette raison créer — avec rien d’autre que l’argent des contribuables européens — un « Centre pour la résilience démocratique ». C’est vraiment incroyable.

On pourrait citer bien davantage de ces déclarations absurdes. Et pourtant, Mme Leyen veut « reprendre l’avenir en main ». Nous ne devrions pas le lui permettre. Il suffit de regarder quel présent elle a précisément contribué à nous façonner.

Cette tribune a d’abord été publiée en tchèque le 18 septembre 2026 dans le quotidien Mladá fronta DNES. Nous la reproduisons ici dans notre propre traduction, avec la permission de l’auteur. https://www.mondevudailleurs.ae/le-discours-presque-incroyable-de-mme-leyen/ 

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